Ligne claire, ligne sombre & autres aventures

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lundi 28 décembre 2015

Aimez-vous "l'Art moderne" (de Swarte) ?



Une petite curiosité. A l'occasion de la sortie de l'album L'Art moderne, en janvier 1980, les Humanoïdes Associés ont imprimé une affichette (format : 30 x 40 cms) à l'attention des libraires. Selon l'ouvrage exhaustif Joost Swarte Iconografie 1966-1988, elle aurait été tirée en trois modèles différent : rose, vert, beige. Elles sont plutôt difficiles à trouver et je ne possède que la rose. La voici :






A noter que quelques mois auparavant, les Humanos avaient aussi imprimé une affichette (30 x 40 cms) à l'occasion de la sortie de Captivant, l'album de Chaland et Cornillon. Elle est aussi assez difficile à trouver de nos jours. Le slogan en était : "L'album de la majorité silencieuse". Allusion à une expression utilisée par Georges Pompidou, ce qui correspond bien à l'esprit anti-conformiste et légèrement provocateur de Chaland. En cela, il était très en phase avec le groupe Jalons (pour lequel il avait dessiné à la même époque une petite publicité "scoute"), qui prônait lui-aussi un pompidolisme décalé...






mardi 22 décembre 2015

L'ingénieur Freyssinet, héros de Swarte et Chaland

Paranoïa, belles voitures et croix gammées : après Imago Moderna, je crois qu'Une Deuxième Babel est mon histoire préférée dans L'Art moderne. La première case donne bien le ton :


(Swarte, Une Deuxième Babel, 1974, publié dans Charlie Mensuel n° 76, repris dans L'Art moderne. Ce dessin fera également partie du portfolio Architecture dans le 9ème art, NBM-Amstelland Bouw, 1996)

Il y est question d'une tour gigantesque qui doit être secrètement construite sous le sol, avant d'émerger brusquement à l'occasion de l'Exposition Universelle de 1937 (qui doit se tenir à Paris ou à Berlin, ce n'est pas très clair). Allusion, bien sûr, à la Tour Eiffel, érigée pour l'Exposition Universelle de 1889 et surnommée par ses détracteurs "Tour de Babel". "J'avais lu, je ne sais plus où, un petit article dans un très vieux journal, où il était question qu'on construise une tour immense à Paris... Et je suis parti de là en imaginant que peut-être, on l'avait construite sans que les gens puissent la voir", a raconté Joost Swarte à Falatoff (n°38/39). (Hasard, Une Deuxième Babel paraît en 1974, un an après l'inauguration de la Tour Montparnasse.)

Le concepteur de cette tour infernale est l'ingénieur Freyssinet, que l'on aperçoit dès la première case (voir ci-dessus), puis dans le cours de l'histoire :

(Swarte, 1974)

Il est inspiré d'un personnage réel, l'ingénieur Eugène Freyssinet (1879-1962), célèbre pour avoir déposé le brevet du béton précontraint et à qui l'on doit de nombreux ponts et barrages, grâce à sa technique du décintrement par vérins (qui rappelle un peu les ascenseurs hydrauliques imaginés par Swarte pour faire surgir de terre sa Deuxième Babel).

Le plus étrange est que, quinze ans plus tard, ce même ingénieur Freyssinet va resurgir dans un album d'Yves Chaland, F.52 (Humanoïdes Associés). Il y présenté comme l'inventeur d'un avion à propulsion atomique.


(Yves Chaland, F.52, 1989)

Certes, le vrai Freyssinet avait un peu travaillé pour les avions Bréguet et avait construit les pistes d'Orly, mais n'était pas du tout un spécialiste de l'aéronautique. Pourquoi Chaland, esprit curieux qui se nourrissait de lectures très diverses, l'a-t-il choisi pour F.52 ? Hasard ? Clin d'oeil à Swarte, dont il avait lu L'Art moderne (voir notre post Chaland, admirateur de Swarte) ? Réminiscence inconsciente ? En tout cas, Eugène Freyssinet aura réussi l'exploit d'apparaitre dans deux très grands albums de bande dessinée.


On trouve une autre curiosité dans Une Deuxième Babel : l'apparition d'un homme politique français radical-socialiste un peu oublié, Camille Chautemps (1885-1963), plusieurs fois ministre et président du Conseil en 1937, ce qui explique sans doute sa présence dans l'histoire de Swarte, lequel l'a assez fidèlement représenté, avec sa moustache et son chapeau.

(Camille Chautemps, Swarte)


(Le vrai Camille Chautemps, en 1933.)

On se demande bien où Joost Swarte était allé pêcher une photographie de cet homme politique français méconnu, en 1974, bien avant le règne de Google Images... L'exploit, surtout, c'est d'être parvenu à  faire d'un radical-socialiste des années 30 un héros d'une bande dessinée steampunk avant l'heure.




mercredi 16 décembre 2015

Joost Swarte, typographe

J'ai toujours adoré la typographie des titres de Joost Swarte. Avec leurs beaux lettrages créés de toutes pièces, ils brillent comme des néons à l'entrée d'une histoire, d'un album, d'une affiche. "J'ai envie de faire le genre de choses qui fassent que si je la vois dans une vitrine d'un magasin, je ne puisse pas m'empêcher de l'acheter", dira le dessinateur hollandais dans l'excellent numéro 38/39 de Falatoff consacré à l'équipe de Tante Leny.

Durant ses études, Swarte a vécu en plein triomphe de l'esthétique "Helvetica", laquelle ne lui plaisait pas vraiment. "En revanche, Will Eisner m'inspirait beaucoup avec ses titres du Spirit", a-t-il confié à Actuabd. 


(Will Eisner, The Spirit)


(Will Eisner, The Spirit)

Et lorsque Real Free Press lui demanda de concevoir les couvertures des quatre volumes à l'italienne du Spirit dans les années 70, Swarte livra une maquette digne du grand Will :

(Swarte, couverture du Daily Spirit 3, Real Free Press, 1976)


Un designer, Nick Curtis, s'est amusé à créer des alphabets à partir de certains titres emblématiques de Joost Swarte. On peut d'ailleurs en télécharger quelques-uns gratuitement et s'amuser à écrire "en Swarte".


Je me dois de commencer par le "Joost a Gigolo", inspiré de l'histoire Imago Moderna :


(Nick Curtis d'après Swarte, typographie Joost a gigolo)


(Swarte, la "splash page" d'Imago Moderna, 1974)


On trouve également l'"Amsterdam Tangram", dérivé d'une affiche pour une exposition :


(Nick Curtis d'après Swarte, typographie Amsterdam Tangram)

(Swarte, 1988)



Il y a encore le "Boeuf au Joost" (inspiré de la couverture d'un disque de Tango Cuatro) et le "Joost a Millionnaire" :


(Nick Curtis d'après Swarte, typographie "Boeuf au Joost")


(Nick Curtis d'après Swarte, typographie "Joost a Millionnaire")

Swarte a multiplié les typographies et, pourtant, on reconnait toujours sa patte élégante. Il s'est même amusé, comme il l'explique dans cette vidéo filmée aux Rencontres Chaland 2010, a créer un alphabet carré, se payant le luxe d'amputer certaines lettres d'un de leurs jambages.

Ces typographies contribuent à donner leur couleur vintage aux oeuvres de Swarte. Hergé, avant lui, avait aussi apporté beaucoup de soin à la typographie des couvertures des aventures de Tintin, créant ces lettres reconnaissables au premier coup d'oeil. Et nombre des travaux publicitaires ou des logos d'Hergé, dans les années 30, brillent aussi par leur élégance.

D'autres artistes ont pu inspirer Joost Swarte dans ses recherches typographiques. On peut citer le mouvement De Stijl (en particulier Theo van Doesburg) et l'affichiste Cassandre, inventeur de la fameuse typographie Bifur :


(Theo van Doesburg, affiche, 1920)


(Cassandre, typographie Bifur)



Pour le plaisir, terminons par la "splash page" de l'histoire Modern Art, dans laquelle Swarte laisse éclater toute la palette typographique de son talent. Pour l'occasion, il arrondit même sa signature, d'ordinaire enserrée dans un carré.



(Swarte, Modern Art, 1978)


lundi 14 décembre 2015

Swarte par la fenêre

Un conseil : lorsque vous lisez une bande dessinée de Joost Swarte, scrutez bien les fenêtres des immeubles. Il s'y passe toujours quelque chose: scène de ménage, partie de jambes en l'air (au sens propre, bien souvent...), suicides, chats pensifs...

Prenons ce dessin de l'album  Papagali :

(Swarte, Papagali)

Levez un peu les yeux et :



On y trouve aussi un autoportrait de Swarte en plein travail, période cheveux longs-moustache (ce dessin date de 1974):





Ce procédé culmine évidemment avec les grandes cases de scènes urbaines (mes préférées, je crois bien), qui furent l'une des marques de fabrique du Swarte seventies, comme dans cette célèbre couverture du numéro 17 de Tante Leny Presenteert (reprise pour le tome 1 de l'anthologie publiée en France par Artefact), où l'on aperçoit au passage le "trio intéressant" dans la vitrine du "restaurant" :





Ou encore dans cette case d'Esclaves de la seringue, parue dans L'Art moderne, où un "brother" semble s'essayer aux joies rémunératrices du proxénétisme :




Avec ces détails, Swarte pointe une certaine violence du monde, comme si se jouaient toujours de terribles drames intimes derrière les façades paisibles :


(Swarte, dessin pour Vrij Nederland, 1981, détail)


(Swarte, Le critique littéraire,  Vrij Nederland, 1981, détail)


Même si parfois, c'est plutôt la mélancolie féline d'un chat qui passe la tête par un soupirail:



Bien sûr, Joost Swarte n'est pas le seul à parsemer ses cases de détails "dans les coins" (c'est ce qui fait souvent le charme de la relecture de ses histoires). Dans Astérix ou Blueberry, l'action peut se développer au second plan (un "méchant" qui s'échappe, par exemple) ; Gotlib et Margerin peuvent ajouter des gags ici ou là. Mais chez Swarte, le procédé a quelque chose de particulier. Du fait même de la "ligne claire", qu'il a lui-même définie comme un dessin au contour noir à l'épaisseur régulière, premier et dernier plans sont traités avec le même trait, la même netteté. D'où la force de ces fenêtres vers lesquelles notre regard est attiré. "Vous devez toujours guider l'oeil du lecteur, d'abord sur la chose importante, puis sur les détails. C'est l'ensemble de tout cela qui finit par raconter une histoire", a expliqué Joost Swarte lors d'un passionnant entretien croisé avec Art Spiegelman, en 2014, au MoCCAS comics festival de New York (la video est sur Youtube).


Avec Swarte, ce n'est plus Fenêtre sur cour, mais fenêtre sur rue. Quoi d'étonnant, alors, si la fenêtre finit par devenir un véritable écran de cinéma ?


(Swarte, Humo, 1987)

samedi 12 décembre 2015

L'Art moderne, de Swarte et de Huysmans

En 1883, l'écrivain décadentiste Joris-Karl Huysmans publie un ouvrage intitulé L'Art Moderne. La couverture de la deuxième édition s'orne d'un titre au beau rouge swartien et d'un dessin représentant une femme nue un peu forte brandissant un objet.



En 1980, le dessinateur hollandais Joost Swarte publie un ouvrage intitulé L'Art moderne. La couverture de la deuxième édition s'orne d'un titre au beau rouge huysmanien et d'un dessin représentant une femme nue un peu forte brandissant un objet.



jeudi 10 décembre 2015

Chaland, admirateur de Swarte

Yves Chaland n'a jamais caché son admiration pour Joost Swarte. Dans un entretien avec Bruno Lecigne, pour Les Héritiers d'Hergé, paru en 1983, il confiait : "En dessin, j'aime beaucoup le Hergé d'avant-guerre. J'apprécie de manière égale l'oeuvre de Jacobs jusqu'au Piège Diabolique. Parmi leurs disciples contemporains : Vandersteen, Jijé, Tillieux. Parmi les disciples modernes: Tardi, Swarte. Tous ces noms cités sont mes influences primordiales. (...) Pour ce qui est scénario, ambiance, personnage, cadrage, découpage, univers, j'ai copié par-ci par-là dans Jacobs, Hergé, Vandersteen, Tardi, Swarte." 

"J'aime Ever Meulen, Swarte, Serge Clerc", confirmera-t-il dans Sapristi ! n°1 (1983).

Et son complice Luc Cornillon le rappelle : "Chaland aimait ce que Swarte faisait avec le Ben-Day."

Chaland appréciait tout particulièrement l'album L'Art moderne, comme en témoigne cette lettre qu'il avait adressée à un fan, en 1988 :


(Lettre d'Yves Chaland à un fan, 1988)

"Chaland avait-il vu le travail de Swarte sur les titres de certaines histoires de Jopo de Pojo ?", s'interrogeait d'ailleurs le très "chalandonophile" blog de La Comète de Carthage, faisant allusion à la typographie très "Art Déco" d'un récit paru dans Captivant.

Pour ma part, j'ai toujours été frappé par la grande ressemblance entre l'une des histoires composant L'Art moderne, Une Chance sur cent mille, et l'album Bob Fish, ce chef-d'oeuvre absolu de Chaland. La trame est exactement la même : un milliardaire fait kidnapper son jeune fils par un duo de ravisseurs stupides, afin de détourner la rançon à son profit. Dans les deux cas, le héros et un détective feront capoter le projet.


Certaines cases, certains plans même, semblent comme se répondre. Ainsi du milliardaire chez lui avec son majordome de couleur :

(Swarte, Une Chance sur cent mille)
(Chaland, Bob Fish)

Ou de l'arrivée d'une voiture à la demeure futuriste de ce même milliardaire :

(Swarte, Une Chance sur cent mille)

(Chaland, Bob Fish)

Ou encore de la collision du héros -Jopo de Pojo pour Swarte, le Jeune Albert pour Chaland- avec l'un des deux ravisseurs par hasard dans la rue :

(Swarte, Une Chance sur cent mille)
(Chaland, Bob Fish)

Ou, enfin, du jeune kidnappé ficelé dans une voiture :

(Swarte, Une Chance sur cent mille)

(Chaland, Bob Fish)

Reprenons un instant la chronologie. L'Art moderne, de Swarte, sort en janvier 1980 aux Humanoïdes Associés (où Yves Chaland exerce comme maquettiste jusqu'en décembre 1979) . Les sept premières planches de Bob Fish paraissent dans le numéro 52 de Métal Hurlant, en juin 1980 et la pré-publication de l'histoire s'étalera jusqu'au numéro 58 de décembre 1980. Yves Chaland a-t-il pu, consciemment ou non, faire des "emprunts" à Swarte, comme il l'assumait parfaitement dans son interview à Bruno Lecigne ? (Rien de choquant dans cette question, tant le génie de Chaland consistait à réinterpréter de manière personnelle certains des géants qui l'avaient précédé). Ou sommes-nous dans le cas de deux grands créateurs, nourris des mêmes références, qui produisent deux oeuvres parallèles ?



(Swarte en visite chez les Humanoïdes Associées, à l'époque de L'Art moderne. Photographie Charles Buxin, maquettiste aux Humanos, dont la page Facebook propose de fabuleuses photos de l'époque.)



En réalité, Une Chance sur cent mille date de 1975, comme en témoigne la signature de Swarte en bas à droite de la première case reproduite plus haut. Cette histoire en huit planches a-t-elle été publiée à l'époque ou à une autre date antérieure à la publication de L'Art moderne ? Il était prévu qu'elle paraisse dans Charlie Mensuel, si l'on en croit une brève interview dans Inkt de novembre 1975. Je n'ai rien trouvé à ce propos, malgré une lecture attentive de Swarte Iconografie, la bible de tous les swartophiles. Ce livre réalisé par deux maniaques -c'est un compliment- recense tout ce que le dessinateur hollandais a publié jusqu'en 1988 -bandes dessinées, couvertures de magazines, sérigraphie, gadgets... Seule difficulté : il est en néerlandais... Néanmoins, si l'on y retrouve bien les pré-publications de plusieurs histoires réunies ensuite dans L'Art moderne, on ne  lit rien à ce sujet pour Une Chance sur cent mille. Peut-être a-t-elle été publiée pour la première fois dans L'Art moderne.

Seule indication, dans Les nouveaux Petits-Miquets (Le Citron Hallucinogène), recueils d'interviews de dessinateurs publié par Yves Frémion, en 1983, Swarte déclare : "L'Art Moderne m'a pris du temps, il était prêt depuis deux ans [avant sa sortie]. " 

Ah oui, un dernier détail : l'enfant de milliardaire kidnappé dans Bob Fish s'appelle Swartenbroeckx...

mercredi 9 décembre 2015

Joost Swarte, Hergé et le "Tintin noir"

Il y a évidemment beaucoup à dire sur les relations entre Hergé et Joost Swarte (et nous aurons souvent l'occasion d'y revenir). Commençons par signaler que les deux hommes se sont rencontrés deux fois, si l'on en croit le dessinateur hollandais. Une photo "historique" en témoigne. Elle aurait été prise le 19 janvier 1977 et on reconnait derrière les deux hommes les fameuses variations Monet de Lichtenstein, qui avaient tant frappé Floc'h lors de sa visite au Maître. Et, si l'on regarde attentivement en bas à droite, on peut apercevoir, posé sur le bureau, le fameux fascicule "De Klare Lijn".


(Hergé et Joost Swarte, photo Piet Schreuders,  Furore n°6)

 La date de cette visite semble correspondre à la fameuse exposition Hergé à la Rotterdam Art Fondation, qui ouvrira ses portes le 5 février 1977. On sait que c'est à l'occasion de cette manifestation que Swarte réalisa quatre petits catalogues (15 X 21,5 cms), dont le fameux De Klare Lijn, acte de naissance de la "ligne claire" (même si Swarte lui-même rappelle dans un avertissement placé en tête de Hors-Série que l'expression signifie plutôt "tiré à la ligne", au cordeau. Certains géopolitologues du 9ème art ont même avancé une théorie séduisante, selon laquelle cette expression serait inspirée des lignes droites tirées par les digues protégeant les polders, en Hollande...)









(Page de titre de De Klare Lijn, dédicacée par Swarte, collection personnelle)

 (Pour la petite histoire, un maquettiste des petits albums consacrés à Yves Chaland -La Collection Chaland et Chaland explorateur- m'a avoué un jour qu'ils étaient entièrement "pompés" sur les quatre fascicules de Swarte : format, texture, couleur de la couverture, image carrée collée...)


Cette photo de Swarte et Hergé fut prise lors de la seconde rencontre entre les deux hommes. Le dessinateur hollandais était venu, accompagné de deux amis, pour interviewer Hergé pour le magazine hollandais Furore. L'entretien fit la Une du numéro 6 d'avril 1977 :


(Couverture de Furore n°6, avril 1977)


Et voici les deux premières pages de l'interview (on y aperçoit une seconde photo des deux hommes et la couverture de Kuifje in Rotterdam, fausse aventure de Tintin imaginée par Swarte) :

(Interview de Hergé par Swarte, Furore n°6, avril 1977)

La première visite de Joost Swarte au père de Tintin datait de 1976. Elle visait à préparer l'exposition de Rotterdam. Le dessinateur hollandais était resté quatre heures aux Studios, Hergé se montrant très disert sur son travail. A un moment, Bob de Moor était passé et lui et Hergé avaient commencé à chanter du Frank Sinatra, se souviendra Swarte.


L'influence de Hergé irrigue nombre de pages de L'Art Moderne, de Swarte. Les pantalons de golf de Jopo de Pojo, bien sûr. Et puis ce "Tintin noir" (l'expression est de Swarte), croisé au beau milieu de la dérive nocturne d'Imago Moderna (on y revient toujours...), qui semble joyeusement solder un demi-siècle de polémiques autour de Tintin au Congo (même si le débardeur fait plutôt songer à la période Tintin en Amérique).


(Le "Tintin noir" d'Imago Moderna)


Et puis, après tout, ce "Tintin noir" en rappelle un autre, dessiné par Hergé lui-même :


(Hergé, L'Oreille cassée)



Certaines vignettes d'Esclaves de la seringue ! sont même des "citations" directes d'Hergé. Ainsi de l'attitude de ce petit personnage colérique, qui rappelle furieusement le Gibbons du Lotus Bleu :


(Swarte, Esclaves de la seringue !)


(Hergé, Le Lotus Bleu)

Ou encore cet avion jaune, toujours dans la même histoire :

(Swarte, Esclaves de la seringue !)


(Hergé, Le Crabe aux pinces d'Or)


On trouve une autre allusion indirecte à Hergé dans Imago Moderna. On sait que Swarte a toujours admiré la proto-Ligne Claire et notamment George McManus. Il rend ici hommage à Alain Saint-Ogan, influence majeure d'Hergé (le Bruxellois ira d'ailleurs rendre visite au Français, en 1931). Jopo de Pojo, émoustillé par une entraîneuse de bar, a fait l'erreur de commander un (coûteux) Saint-Ogan 1934, dont la bouteille a la forme du pingouin Alfred. il finira par la boire seul, dans un nuage de mélancolie...


(Swarte, Imago Moderna)