Ligne claire, ligne sombre & autres aventures

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dimanche 8 décembre 2019

Swarte, de Modern Papier à L'art moderne

La manière dont Swarte a "inventé" sa ligne claire est fascinante. Nous l'avons déjà évoqué ici. En gros, tout se joue entre 1970 et 1973. Il part de l'underground et arrive à Hergé (en tout cas, au Hergé d'avant-guerre, celui, disons, du Sceptre d'Ottokar).

On mesure bien cette métamorphose en lisant les numéros de Modern Papier, le journal qu'il a créé en 1970 et qui aura onze numéros (dix vrai numéros et un onzième inséré dans Tante Leny Presenteert n°13, au moment où les deux équipes fusionnent de fait, en 1973). C'est l'occasion de découvrir des planches anciennes qui n'ont quasiment jamais été reprises dans les nombreux "art books" de Swarte (Hors-Série, Plano, Leporello...), sans doute dans un souci de cohérence esthétique.

Voilà l'une des planches publiée par Swarte dans le premier numéro de Modern Papier :



On le voit, style très underground et coiffures à la Shelton.

Dans le numéro 5, ci-dessous, le style s'épure un peu, un camion apparaît, ses petits personnages noirs préfigurent ceux de "Caesar Soda" et de "En attendant le renfort".




Avec la couverture flashy du numéro 9 (1972), l'architecture, la scène de ville, la typographie et le cadrage se rapprochent déjà un peu plus du Swarte que nous connaissons.





A l'intérieur, une bande dessinée où l'on décèle l'influence de Willem (qui ne semble pourtant pas la voie la plus logique pour arriver à Hergé...) La voiture de la première case, colorisée, servira de couverture au numéro spécial Tante Leny de Falatoff (n°38/39), en 1977 (pour les relations entre Artefact, éditeur de Falatoff, et la Hollande, voir cet excellent article.)


Très symboliquement, c'est dans le dernier vrai numéro de Modern Papier, le dixième, que Swarte semble vraiment trouver sa voie avec les trois pages de "Na Gedane Arbeid" ("Après le travail" ?), qui préfigurent la structure d'"Imago Moderna". Et un personnage qui ressemble furieusement à Jopo...



Les clins d'oeil à Hergé sont évidents (Milou, Mme Pinson). Et plus que ça, même...





Et puis, à la fin du numéro, Jopo de Pojo fait officiellement son entrée. La typographie et la signature se sont perfectionnées.




Et quand Swarte livre une couverture intérieure pour le numéro de la fusion avec Tante Leny, en 1973, on est tout proche de sa ligne claire. La voiture, les personnages et les couleurs acidulées annoncent les futures histoires qu'on retrouvera dans L'art moderne



dimanche 31 janvier 2016

Vers la Ligne Claire



L'une des choses stupéfiantes, chez Swarte, est la rapidité avec laquelle il est passé de son style underground à une Ligne Claire parfaitement maîtrisée. Il lui faudra à peine trois ans, entre 1970 à 1973. N'oublions pas, pour bien mesurer le chemin parcouru, qu'il est le premier à réaliser cette métamorphose, que d'autres feront à sa suite (Ted Benoit en tirera même le titre d'un album, préfacé par Swarte).

(On sait que l'influence de Marc Smeets a été déterminante dans la redécouverte de la modernité d'Hergé par Swarte.)

Suivons cette métamorphose par l'image (ce qui sera l'occasion de découvrir des histoires et des cases rares, publiées dans Tante Leny, mais, à ma connaissance, non reprises en album).



(Swarte, Tante Leny n°1, 1970)


Au cours de l'année 1971, le style évolue un tout petit peu. On note une certaine influence de Willem:



(Swarte, Tante Leny n°8, 1971)


Nouvelle évolution l'année suivante, avec un personnage dont la coiffure préfigure un peu l'aileron de Jopo de Pojo :



(Swarte, Tante Leny n°11, 1972)

La vraie première apparition de son trait et de ses personnages surgit clairement dans cette case unique du numéro 12 de Tante Leny :



(Swarte, Tante Leny n°12)


Symboliquement, c'est dans le numéro 13 de Tante Leny, qui marque la fusion avec son propre journal, Modern Papier, que Swarte a définitivement trouvé sa voie (avec l'aide de Lao-Tseu, qui sait ?) Nous sommes en mai 1973. On le voit tout d'abord dans cette fausse couverture peu connue (puisqu'elle n'apparait en fait qu'en page 3 du numéro) :



(Swarte, Tante Leny n°13, 1973)


Et dans cette planche publiée plus loin, où l'on reconnait notre ami Anton Makassar. Swarte a aussi trouvé sa signature (en haut à droite):



(Swarte, Tante Leny n°13, 1973)


C'est donc bien dans les tout premiers mois de 1973 que Swarte invente son style. Cette année-là, il réalise les magnifiques illustrations pour Papalagi et la fameuse histoire Esclaves de la seringue, qui ouvrira plus tard L'Art moderne

La klare lijn était née.



jeudi 17 décembre 2015

"Swarte, c'est un peu comme un frère pour moi" (Ever Meulen)

Il était temps qu'Ever Meulen fasse son entrée dans Imago Moderna. Même si leurs traits diffèrent, les destins de Swarte et de Meulen sont indissociablement liés. "Swarte, c'est un peu comme un frère pour moi", dira même Ever Meulen dans une interview au Soir.


(Ever Meulen et Joost Swarte, en 2011. Photographie : Nicolas Anspach, Courtesy Actuabd)

Il est vrai que depuis leur rencontre, en 1972, autour du projet Modern Papier, ils semblent suivre des voies parallèles : ils participent tous deux à l'aventure Tante Leny (et signent chacun l'une des deux couvertures des anthologies Artefact), puis réalisent chacun une couverture de Surprise et de Raw (voir Comix Factory, vu des coulisses), apparaissent simultanément dans un Métal Hurlant spécial Rock, ont eu droit à un magnifique livre chez Futuropolis -Hors-Série pour Swarte, Feu Vert pour Ever Meulen-, et, plus récemment, réalisent des Unes pour le New Yorker...


(Swarte, couverture de Surprise n°1, 1976)

(Ever Meulen, couverture de Surprise n°4, 1976. On y voit la fameuse Oldsmobile 1949 verte, véritable obsession du dessinateur, qui en possède une.)


De temps à autre, les deux hommes ont même collaboré sur des projets ponctuels. Swarte a ainsi été le scénariste d'une double (et sublime) page de bandes dessinées signée Ever Meulen -l'une des très rares qu'il réalisera-, publiée dans le numéro 20 de Tante Leny, en 1975. On y croise le personnage de Frederico Flegmatico.


(Joost Swarte et Ever Meulen, Frederico Flegmatico en friture générale, Tante Leny, 1975)

On retrouve donc la signature des deux dessinateurs accolée, en-dessous d'une voiture, qui pourrait bien être une Avions Voisin, conçue par Gabriel Voisin, l'une des idoles de Meulen :




Swarte et Meulen collaboreront aussi à au moins deux grands dessins collectifs de Tante Leny. Le premier représente des femmes sur une scène de music hall. Le second une femme, dont chaque partie est conçue par un dessinateur différent, qui s'est auto-représenté à l'oeuvre. Une occasion de voir in vivo la différence de style entre les deux créateurs.

(Tante Leny, dessin collectif)


Enfin, il existe un autre dessin collectif, réalisé avec Kamagurka, à l'occasion d'une exposition consacrée, en 1986, à Anvers, à l'hebdomadaire belge néerlandophone Humo, auquel les trois hommes ont collaboré. 





Terminons par un clin d'oeil. Il semblerait que Swarte se soit amusé à représenter Ever Meulen au second plan d'une affiche pour une exposition chez Plaizier. Une Oldsmobile verte, un chapeau, pas de doute, c'est bien son "frère" Ever !


(Swarte, affiche pour une exposition chez Plaizier, 1982)